" This is the end". Voila que quelques jours que la chanson des Doors me tourne dans la tete. Et comme je ne connais que les deux premières phrases, je me suis vite mis à tourner en rond.

Vendredi pour excorciser le tout, j'ai même téléchargé le morceau sur mon téléphone. Ca n'a pas servi à grand chose. Je ne connais toujours que les deux premières phrases et la chanson n'est pas sortie de ma tête.

Je commence à ranger un peu mon bureau et Jim Morisson ne décolle pas de mon épaule.

Henry passe la tête par la porte : " Je suis bien content que tu partes, au moins ton bureau sera enfin rangé".

Aujourd'hui était mon dernier jour à la radio. Recemment, presque hier, je signais ma lettre de démission. Ce matin je presentais mes dernières matinales.

Des jours comme ça, tout ressemble à un symbole : Le réveil qui ne sonne pas vraiment, les clés de voitures introuvables. Et puis ce matin là mon PC refuse de démarrer. L'imprimante ne veut pas fonctionner et je suis enroué.

Toute action prend une ampleur bien differente quand on la réalise pour la dernière. Derniere cafetière : ni trop leger, ni trop serré. Dernière météo. De la pluie...

La veille j'avais redigé un petit mail pour avertir tous mes contacts de mon départ. la date était mal choisie, la moitié d'entre eux ont cru à un poisson d'avril.*

Il a fallu expliquer à l'autre moitié que " Non je n'ai pas été viré, je suis parti de mon plein gré" .

Tous les départs sont forcement clichés, ils vous disent " bonne chance" on répond " merci". Et puis on trouve une caisse et on y dépose ses effets personnels. Tou s ces trucs absurdes empilés sur le bureau au fil des années.

Dans ma caisse tout un poème de Prévert :  Un Thermos Starbucks, un Guide pour les adultes qui s'ennuient au bureau, une K7 audio d' Hellène ( sans les garçons), mon carnet de santé, un Mug Bob L'éponge, un chauffe-tasse USB, une pile de bouquins reçus en service de presse, un agenda, un clap de cinéma, un Stylo géant,  quelques Polaroids et un tube d'aspirine.

Me voyant débarrasser mon 10m2, la Chef m'a confié " Encore plus que ton épée, c'est ton vieux poncho péruvien pourri qui va le plus me manquer".

Depuis mes débuts à la radio, il prend la poussière sur la radiateur. j'ai du le mettre sur mon dos 2 , 3 fois les jours de grand froid.

Comme l'épée, je n'ai pas pu me résoudre à les ranger tout de suite dans la caisse.

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Finalement 5 ans ce n'est pas tellement encombrant. 


C'est drole de quitter une radio chrétienne un vendredi saint. Sur l'antenne, il n'est question que de la mort d'un barbu punaisé il y a 2000ans. Moi je ne pense qu'a à une autre fin, celle de mon aventure radio.

J'avais d'abord pensé que mon dernier journal serait une belle occasion de marquer le gout, de dire des betises, de finir dans un feu d'artifice sonore.

Et puis, je n'ai pas trouvé la force. Comme un jour ordinaire, j'ai parlé de politique, d'agriculture, d'expos locales et de solidarités.

Pour l'occasion j'avais simplement bidouillé une petite bafouille; Je faisais une référence brumeuse à la dernière intervention télé de Mitterrand  " je croix aux forces de l'esprit et je ne vous quitterai pas".  Finalement mon petit discours est resté sur mon bureau. D'ailleurs il n'y avait déja plus que ça sur mon bureau.

Je suis entré en studio épée en main, comme un petit garçon. J'ai présenté mon journal d'une voix neutre. Sans doute un poil plus lentement que d'ordinaire. je n'ai pas laché l'épée.

This is the end.

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Et à l'heure de la Météo, la chef est entrée dans le studio comme un vulgaire intermittent du spectacle. Elle a sorti de sa pocher un papier et  a bien manqué de me faire pleurer. Mais même pas peur j'ai une épée. Voici son petit message livré ici in extenso.

 

Benoit,

 

je viens vous saluer et vous remercier pour tout le travail accompli au cours de ces quelques cinq années, vous remercier au nom de toute la radio.

« Au nom de tous »… Ah ! justement, à propos de nom…

Il n’est pas trop tard, MONTAGGIARI, pour redire à vos auditeurs que vous avez eu du mérite à faire de la radio avec un patronyme aussi peu identifié par vos contacts.

Bon, ça nous arrive à tous : ce ne sont ni « l’abbé » MECHIN, ni Alexis « VIET » ni cette Muriel « ROBIN », à qui une partie du courrier de la  radio est adressé, qui me contrediront.

Mais il faut quand même dire que vous avez la palme !

Enfin….

Aujourd’hui, je voudrais souligner, MONTAD’JERI que votre rythme intense de travail n’empêchait pas humour, blagues et facéties.

Chapeau aussi pour votre sens du croquis, (Benoit MODIGLIANI), cet art de condenser en quelques traits l’essentiel du sujet observé, et qui est un atout pour un journaliste.

Et si on connaît votre œil vif, votre sensibilité presque féminine n’a pas non plus échappé à la personne qui cherchait récemment à joindre Benoit MAGALI.

 

Quant à nous, vos collègues, nous savons comment vous pouvez faire d’un banal bureau le décor dévasté d’un après-cambriolage. Et pourtant, nous avons comme un pincement au cœur, Benoit SPAGGIARI, à l’idée que les micros ne traîneront plus dans le café, que nous ne marcherons plus sur vos feuilles de paie, que partira avec vous cette sorte de serpillière andine qui ne tient plus chaud qu’au radiateur et aussi votre épée en bois ; que les clés ne disparaîtront plus sous des amas de journaux, et que nous retrouverons  tous les stylos de la radio.

Mais, comme il est par ailleurs, – et  très approximativement évalué  à 12, le nombre de personnes à ce jour encore persuadées que vous vous prénommez « Bruno », nous comprenons bien qu’il est temps pour vous de rejoindre la presse écrite, afin que votre signature soit reconnue plus largement.

 

Bon vent, MONTA ! et surtout …régale-toi bien ! 


Merci Chef et merci aussi pour ce " On va avoir du mal à trouver un autre juke box humain avec un tel niveau de culture pourri..."


Apres la météo, une bouteille de blanc a été debouchée. On a meme trouvé quelques gateaux apéros au fond d'un tiroir. 

Au milieu des casques, des micros et entourés de boites d'oeufs ( pour 'l'isolation sonore) j'ai eclusé le dernier d'une longue série de verres sous l'ombre de " la radio dans l'ame"

J'ai eu du mal à partir... j'ai trainassé dans les couloirs de la radio, passé 3 coups d'éponges sur le bureau. J'ai rangé l'epée dans la caisse, le poncho pourri aussi. 

Mine de rien cette barraque deglinguée, ces micros mal reglés, ces chaises bancales et ces radiateurs bouchés c'est un peu chez moi. Le bougon barbu, le jeune mal reveillé, la dame du fond sont aussi ma famille. 

Comme un judas armé d'une épée en bois, je trahis ma famille un vendredi saint.

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Demain je rejoindrai la rédaction du journal local pour quelques moi. J'ai acheté un carnet, deux beaux crayons qui glissent et l'appareil photo preté par le journal est en charge.
J'ai aussi repoussé la sonnerie de mon reveil de deux bonnes heures.
Il va falloir apprendre à écrire, penser à l'image. Il va falloir oublier le micro...
Mais je ne sais toujours pas où je vais ranger mon épée...
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B.