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Cette semaine je me suis rendu compte d'un truc assez paradoxal, pour un type qui tient un blog depuis 4 ans : Je n'aime pas parler de moi. Si,si. J'ai horreur de ça. Quand il faut le faire, je suis mal à l'aise, j'essaye d'aller au plus vite de botter en touche avec une question.

Depuis une poignée de jours, tout le monde vient vers moi en me demandant " Alors ? Raconte ! ". Je ne sais pas faire, je ne suis pas un bon Orateur. Hier j'ai vue mon amie Nathalie, elle est capable de tenir le crachoir pendant des heures, d'être intéressante, drole et émouvante. Je n'ai pas ce talent.

Par contre, j'aime bien me servir de ce Tiroir, pour flatter mon égocentrisme furieux.

C'est donc ici, un chat sur les genoux, un thé à la main et sans regard à soutenir, que je vais raconter les premiers kilometres de mon petit virage professionnel.

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J'ai donc signé pour quelques mois au Journal de Saone et Loire ( Mais on dit juste " Le Journal). Mon premier coup de fil a été pour le service technique. J'utilise pour le moment la boite mail de la future jeune maman que je remplace et l'idée de redevoir du courrier au nom de " Laure-Hélène" chatouille un peu ma virilité. Je demande donc à l'information au bout du fil de me créer une adresse mail. Sa réponse est sans appel " On a pas l'habitude de faire ça pour ceux qui ne vont pas rester".

Un peu plus tard, la même journée je passe recuperer quelques dossiers à la radio, désormais mon ex-employeur. Sur la porte de ce qui était encore mon bureau il y a peine 3 jours, toute trace de mon passage a été effacée. Disparus les articles débiles et les photomatons scotchés sur la porte. Disparus aussi la pancarte à mon nom. Page tournée...

C'est donc un peu orphelin que je fais prépare un dernier café dans la machine de RCF. Café que je demande l'autorisation de boire à mon ex-chef. Que j'appelle toujours "Chef". Elle me fait d'ailleurs remarquer que plus rien ne justifie ce terme lorsque je m'adresse à elle. je lui explique donc que mon nouveau Chef refuse, qu'on l'appelle ainsi ( je dois m'en tenir à " Fifi") et que de toutes façons elle restera ad vitam eternam La Chef ( au moins sur le blog en tous cas).

En rentrant chez moi, je trouverai une lettre qui encore une fois me rappellera mon changement de cremerie. Le sénateur B. m'a écrit à mon domicile sur un Bristol à en-tete, me souhaitant " de belles aventures professionnelles sous d'autres cieux que RCF".

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Depuis presque une semaine, j'apprends donc un nouveau métier. 

Premier handicap ( première angoisse aussi) l'Image. Quand on travaille dans la presse locale on doit prendre des photos. je n'aime pas ça. Ou plutôt, je ne sais pas faire. Ma première prise de vue s'est d'ailleurs révélée être un joli fiasco. J'avais oublié une donnée évidente : le soleil. Contre-jour est un mot qui ne faisait pas tellement parti de mon vocabulaire à la radio.

La première photo, de mon premier article s'est donc révélée sur l'écran sévèrement "cramée" ( surexposée). Premier jour de boulot et premier faux pas.

Et puis il y a la technique. Ce logiciel qui sert à écrire et monter nos pages. je me suis arraché les cheveux plusieurs jours. La logique de l'outil est la mienne avait beaucoup de mal se superposer. En fin de semaine alors que je commençais enfin à un peu " dompter" la machine, un collègue m'annonce " Ah tu savais qu'on change de logiciel dans 2 semaines ?"

Il y a aussi un truc curieux dans le journalisme de presse écrite. Le lecteur. J'ai découvert presque avec surprise que ce j'écrivais était lu !

L'agence du journal est installée sur les quais de Saône. Le matin en arrivant à 9h ( une grasse mat' pour moi ) je longe les bistrots. Chaque jour, j'aperçois une dizaine de personne en terrasse, le nez penché sur mon travail. Une tache de café sur ma signature. J'aime ça, vraiment.

Cette semaine, j'ai couvert intégralement un tournoi de football pour handicapés mentaux. Le Journal était partenaire de l'évenement. Chaque matin, l'édition du jour était donc proposée gratuitement à toutes les personnes présentes sur place. Et je l'avoue c'est avec bonheur, que je les regardais lire mes articles. Je parlais d'eux. Ils appréciaient, moi aussi.

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Ah et puis, je dois aussi réapprendre à me servir de mon carnet à spirales. On ne prend pas des notes de la même façon lorsqu'on travaille en radio ou dans la presse écrite.

Il y a encore une semaine, je notais peu de choses. Juste quelques chiffres, quelques grandes idées. En fait, pendant les conférences de presse, j'écrivais principalement des ébauches de questions. Celles que je poserai apres, micro tendu.

Je dois désormais travailler sans micro. Pour faire entendre ceux qui me parlent, je dois me contenter d'une paire de guillemets et de l'italique. Pour être précis dans la retranscription, il faut donc laisser courir le crayon en permanence. Chaque soir, je me couche avec une douleur, jusqu'à présent inconnue. J'ai mal au poignet.

Autre Détail, mais qui a son importance : L'orthographe. Je ne peux plus me permettre de relayer phonétiquement le nom des mes interlocuteurs. " Comment vous l'ecrivez ?" est devenue l'une de mes phrases préférées depuis quelques jours.

Je passe aussi sur ces reflexes qu'il va falloir gommer : Décrocher le téléphone à l'agence et répondre " RCF Bonjour !", notamment.

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La photo ci-dessus est à l'origine de ma première grande émotion en Presse écrite.

Je suivais donc toute la semaine pour Le Journal, ce tournoi de football réservés aux jeunes handicapés. Pendant un match, j'ai discuté avec deux éducateurs venus du Val d'Oise. Ils commentaient avec le sourire la branlée qu'étaient en train de ramasser leurs poulains sur le terrain. " C'est normal, nous on a des trisomiques et pas eux". Je préparais une pleine page pour le lendemain. J'ai donc pris une photo de leur gardien de but, tout sourire malgré 10 buts encaissés en 7minutes.

Dimanche matin sa photo était publiée dans le journal. Les deux éducateurs du Val D'oise étaient cités dans l'article.

Le même jour je me suis rendu une dernière fois sur le lieu de la compétition. On remettait les médailles. A mon arrivée, le jeune homme sur la photo, est venu me serrer dans ses bras et me dire " Merci". Tout ses coéquipiers sont venus l'imiter.

Les deux éducateurs d'ajouter " si vous saviez le plaisir que vous leur avez fait".

Il aura fallu 6 jours pour que je verse ma première larme de presse écrite.