Fonds de Tiroirs et petits carnets

Chroniques naïves et mals gribouillées de Monsieur B. : Grand reporter en petites choses...

03 mai 2009

heureux qui comme un journaliste : grand reporter

Décidement mes cheveux font parler :

" tu ressembles à Alain Prost" m'a fait remarquer Frau Nath.

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J'aime les vrais gens. En même temps ils me font peur.

Faut dire que j'ai pas trop l'habitude. Dans ce métier, je n'ai finalement pas trop l'occasion d'en croiser.

Ces jours ci, je me suis lancé dans une série d'interviews pour la radio. Un quartier de Groscouillon-sur-saone en pleine rénovation : des tours HLM que l'on fait sauter, des arbres que l'on plante, des habitants qu'il faut reloger.

Depuis mon petit bureau, j'ai donc passé une serie de coups de fil. Pour mes reportages, j'ai donc pris rdv avec des architectes, des élus, des travailleurs sociaux. Je suis aussi allé voir les artificiers pour parler dynamite. Je commençais à accumuler une sacrée matière première.

Mais en débutant le montage de mes interviews, je me suis dit qu'il me manquait quelque chose. Le puzzle n'était pas complet. Pourtant, j'etais allé voir tous les responsables, les experts, les financeurs. J'ai posé des questions à la Droite, à la Gauche. Je suis même allé voir les Verts. Mais en réecoutant le tout, il était evident qu'un son de cloche manquait.

Pour découvrir ce que j'avais oublié, je suis allé faire un tour dans le quartier en question : Une banlieue classique, sage. Au pied des immeubles fatigués un petit square. Une 20aine de metre carrés, un toboggan et deux tape-culs fluos. Les gamins jouent à Spiderman. A quelques metres les meres papotent en berçant des poussettes vides. Coup d'oeil circulaire, je passe en mode journaliste. Je cherche le reportage qui me manque :

Les ouvriers qui travaillent sur les futures démolitions : déja fait. L'expert paysagiste qui a réussi à vendre son projet à la Mairie : déja interrogé. Plus loin, un élu en charge " des quartiers" inaugure l'expo photo des CM2 de l'école Jean Jaures. Lui aussi est déja passé à mon micro

Plaf ! Mes lunettes valdinguent ! Je viens de recevoir en pleine tronche un ballon plastique aux couleurs de Bob l'Eponge. Sur le toboggan deux gamins sont morts de rire. " Oh excusez moi Monsieur ! Ils sont vraiment dissipés avec ce temps. Vous n'avez rien ?". La maman a laché sa poussette, elle est déja à mes pieds en train de ramasser mes lunettes. Elle les essuie du coin de sa veste. La dame est voilée, vraiment embetée. Elle me propose de m'offrir un café chez elle pour s'excuser. Je recupere mes lunettes, elles n'ont rien. Les verres sont même plus propres qu'il y a une minute. Poliment, je décline l'invitation. Il n'y a vraiment rien de dramatique. J'ai pris un ballon en plastique sur le pif, pas de quoi faire un sujet " émeutes urbaines".

Par contre, ça y est, j'ai trouvé le thème qu'il me manquait pour boucler ma série de reportage : Les gens !

J'ai travaillé sur la réhabilitation d'un quartier populaire, la démolition de 3 tours, le lifting complet d'une cité... Et tout cela sans JAMAIS allé interroger le habitants ! Je me suis conduit comme le plus mauvais des journalistes, à mille lieux des préoccupations réelles. C'est plus qu'une faute professionnelle, c'est un reel manque d'humanité. Au lieu de promener mon magnéto au pied de ces tours, je me suis assis dans des bureaux bien chauffés du centre ville pour interroger des types en costume cravate. On était à l'aise, nous parlions d'immeubles HLM où nous n'avons jamais foutu les pieds...

Souvent, je lis des bouquins accusant ma profession de " Parisianisme". Et là, j'ai fait encore pire : A 500km de la capitale, j'ai inventé le " centre-villisme".

Il fallait donc que j'aille poser des questions aux habitants. J'ai horreur des micros-trottoirs. Mais là, ce n'est pas de ça qu'il s'agit. Ces gens vivent depuis des années dans des HLM qui sentent la pisse. quelqu'un s'en est finalement rendu compte. Alors, on leur a demandé de demenager, on leur a montré des maquettes, on leur a dit " si vous votez pour moi, alors chez vous ça sera comme ça !". Alors ils ont voté. Et ça y est, les pelleteuses sont là...

Les premiers concernés ce sont eux. Ce sont les habitants que je dois faire entendre à la radio. Cette actualité c'est avant tout la leur. J'ai donc cherché " un client". Quelqu'un qui soit au coeur de cette rénovation urbaine, qui la vive de l'intérieur. J'ai réussi à dénicher le numéro d'une mamie. Cela faisait 38 ans qu'elle vivait au numéro 1 de la rue Churchill. On lui a dit " votre immeuble est trop vieux, on va le démolir, va falloir demenager". Alors, elle a fait ses cartons. Maintenant, elle vit au numéro 3, la tour d'à coté, celle qui est aussi vieille, mais qu'on a pas les moyens de raser. Je lui ai donc laissé un message " Pourrions nous, nous rencontrer pour parler de tout ça ?"

Quelques jours plus tard, elle me rappelle à la radio : " Monsieur Benoit ?". Nous fixons un rdv : " A quelle heure puis je venir chez vous ?". " Oh quand vous voulez, vous savez moi je suis à la retraite, j'al temps". Nous avons donc decidé de nous voir jeudi à 9h.

Je recharge mon magnéto, je fais un peu de place sur la carte mémoire. Bizarrement, j'ai le trac. Je n'ai pas l'habitude d'interroger des vrais gens. En face de mon micro ce sont souvent des spécialistes : Des gens que je vais voir, car ils connaissent bien leur dossier et savent en parler. C'est géneralement la routine. Tout le monde sait ce qu'il a à faire. Le politique recite sa partition, prend soin au passage de tacler son opposition. L'expert déroule ses chiffres. Le président d'association, lui, presente les détails de son action. C'est pratique, ceux là ont l'habitude de répondre à la Presse et savent ce que j'attends d'eux. Le montage est rapide, les questions toutes trouvées. C'est ce qu'on appelle des " bons clients".

Avec les " vrais gens", ça ne se passe pas pareil. Il faut des preliminaires : Leur expliquer ce que l'on veut, les rassurer. Le micro fait peur. Il faut papoter avant de l'allumer. On parle de la pluie et du beau temps pour une installer une complicité. Il faut etre humain avant d'etre journaliste pour obtenir un bon témoignage. et je dois avouer que ça, je ne sais pas trop faire. Les gens me font peur. Je n'ai rien à leur dire quand le magnéto ne tourne pas.

Jeudi à 8h55, je sonne à l'interphone de madame Machin. Deuxième étage gauche. Je frappe. On tourne 3 verrous, la porte s'ouvre : " Bonjour, je suis le journaliste de la radio", " Mais, monsieur Benoit, vous etes là de bonne heure !", " Bah il est 9h !", " Mais on avait dit 9h30 !"

Je suis en avance, elle n'est pas encore habillée. Madame Machin passe un peignoire par dessus son pyjama. On s'installe dans le séjour. Par la fenetre on voit l'autre tour, celle où elle vivait avant, celle dont elle a du démenager. Les ouvriers chargé de la pré-démolition font un boucan d'enfer. je suis invité à m'assoir. Derrière elle, un cadre photo a été bricolé. Des photos d'acteurs américains découpés dans un programme télé sont entourés de coeur coloriés au feutre. Les stars d'une série que je ne regarde pas.

Elle me propose un café. je suis levé depuis 5h30, à la radio j'ai déja vidé une demi-douzaine de tasses, mais je n'ose pas refuser. La tasse aterrit devant moi sur la toile cirée. Je lui explique ce que j'attends d'elle : je fais une série sur son quartier, lundi elle sera mon " invitée de la rédaction", l'interview dure 7 minutes, il ne faut pas faire attention au micro, ceci est juste une conversation.

Elle lève un sourcil inquiet : " je ne vais pas avoir d'ennuis avec la Mairie au moins ?". Je la rassure : elle ne dira que ce qu'elle voudra. Je mens un peu aussi " Ils sont au courant, que je suis là, c'est eux qui m'ont donné vos coordonnées". Madame Machin est dans l'annuaire...

On commence l'interview, elle me raconte son quartier qu'elle aime, l'immeuble pourri qu'elle a du quitter avec " un gros pincement au coeur" malgré son état de délabrement. D'ailleurs, le mois prochain elle sera collée aux barrières avec ses amies pour voir son ancienne maison tomber. Elle raconte sa rue où l " on est bien", mais où il y a tout de même " trop d'enfants qui font du bruit". C'est parfois grammaticalement discutable, mais ça sonne vrai. Les hésitations, les exclamations sont là. C'est un bon témoignage, je suis content.

Les 7 minutes sont enregistrées, j'aimerais partir. Mais, quand de vrais gens acceptent de vous recevoir chez eux, ça ne se fait pas, c'est comme prendre congé avant 22h dans un diner chez des amis. Je joue donc les prolongations. Comme à chaque fois, ça ne loupe pas , elle me dit des choses plus percutantes une fois que le micro est fermé. C'est la frustration la plus fréquente des journalistes radio.

Elle me tend un bloc note, je lui écrit le jour et l'heure de la diffusion. Elle me demande si elle capte la fréquence à Groscouillon-sur-Saone. Je lui assure que , oui, nous sommes une radio de Groscouillon. Madame Machin a peur de ne pas trouver RCF sur son petit poste. Elle court alors à la cuisine et revient transistor en main. Une antiquité, le cadran indique encore Radio Luxembourg et Radio Monte Carlo. Et je me retrouve penché sur le poste pour que l'on entende RCF. Mais, j'ai beau naviguer de droite à gauche, les Radios Chretiennes Francophones sont introuvables. Madame Machin est embetée, elle aurait bien aimé s'ecouter lundi matin.

Mais à ce moment là, j'ai l'intuition qui nous sauve : " Ah ! Mais vous êtes en grandes ondes !". Oui, oui ça existe encore; à Groscouillon c'est même le seul moyen d'entendre les Grosses Têtes de Philippe Bouvard. Je renouvelle donc la manoeuvre sur la FM. L'affichage n'est pas tres précis, je tends l'oreille pour reconnaitre les programmes de mon employeur. A un moment, j'entends enfin " ... Et dans ce monastère perdu les Chrétiens d'Irak..." Ah voila, ça c'est RCF ! Le visage de madame Machin s'illumine : " C'est vous là en direct ?". Non, ce n'est pas moi, puisqu'en ce moment je suis ici.

Je prends congé. " Si vous avez besoin d'autre chose, n'hesitez pas à me telephoner, de toutes façon je suis à la retraite". Je repars pour la radio gonflé par cette fierté idiote " Je suis allé interviewer des vrais gens, dans un tour HLM". J'ai l'impression d'être Albert Londres. Je saute sur mon téléphone pour avertir ma mère de mon nouveau statut de grand reporter. Dans mon repertoire, juste avant " Maman" il y a " Marion". Journaliste indépendante, ma copine Marion a travaillé en Iran, en Syrie, en Jordanie. Elle est partie au Kosovo, s'est glissée dans les tunnels de Gaza. Aujourd'hui elle bosse en Egypte.

...

Et dire que moi, quand je sors du centre ville, j'ai l'impression d'etre un héros...

Putain, j'aime pas relativiser. On se sent merdeux apres...

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24 avril 2009

the passenger

Désolé, pas tres envie de faire une vraie note en ce moment

pour me faire pardonner deux phrases du jour, suite à mon dejeuner avec Bruno Golnisch ( FN)

" Comme le dit un de vos collègue intelligent et cultivé monsieur Eric Zemour..." Le pauvre.

" De Villiers me doit une caisse de champagne !"

sans transition autres citations :

- Ma chef qui adore mon look   : " Je n'ai jamais vu une association de couleurs aussi improbable"

- Alexis qui adore mes cheveux : " chouette coiffure on dirait David Hassellof !"

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- Ma pomme qui commente ses dimanches matins " Ah non moi je ne vais pas à la messe, je prefere regarder le jour du seigneur en caleçon."

- Ma pomme qui fait des jeux de mots  " eh Monsieur B. t'as joué au foot toi non ?" me demande Alexis. " Ouais j'etais gardien de futs" ." de buts ?" " Non, non gardien de futs. J'étais trop nul, alors l'entraineur me laissait dans les vestiaires, je surveillais les fringues des copains..."

Ah et puis une petite anecdote: ( propos retranscrits de mémoire).

Je me dirigeais micro en main vers la prefecture ou une deleguation de retraités attendaient d'etre reçus par un representant de l'Etat. A quelques metres des grilles, j'aperçois un moustachu,costume cravate, légion d'honneur, mains dans les poche il sifflote.

" Bah Monsieur le Prefet on se promène ?"

- je suis juste allé acheter mes clopes

- Ne me dites pas, que vous n'avez pas un bataillon de stagiaires à envoyer pour ce genre de mission !

- Oh Non ! je ne vais les envoyer acheter mes cigarettes avec l'argent de l'état c'est un principe... Bon sinon c'est qui aujourd'hui devant la prefecture ?

- Deleguation de retraités M'sieur le prefet.

- Oh vous allez voir que quand je vais passer ils vont essayer de me kidnapper ! Heureusement que vous etes là pour me proteger. Je compte sur vous.

- Ah Non desolé, " sequestration de prefet" c'est un trop beau sujet pour moi, avec ça je peux faire l'ouverture du journal national, alors vous comprenez je suis obligé de les laisser faire. C'est bon pour ma carrière."

Et en Bonus Track : échanges avec un correspondant local du Journal de Saone et Loire.

" - Vous travaillez pour qui ?

  - La Radio RCF.

  - Ca veut dire quoi RCF ?

  - Radios Chrétiennes Francophones .

  - C'est marrant, vous ne ressemblez pas à un journaliste chrétien.

  - Oui C'est drole, je me disais justement que vous ne ressembliez pas un journaliste !

Et à present pour vos yeux ébahis deux photos. C'etait jeudi soir chez mes copains de Radio Bresse. Je coanimais le débat des" radios independantes". 2 animateurs, 4 invités et un thème super original " Comment sortir de la crise ?" . Sur les photos j'ai vraiment l'air d'un petit merdeux.

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14 avril 2009

La Bibliothèque

On a déja suffisemment trainé, on enchaine donc direct : phrases du jour

"sais tu que c'est très gossip girl ton "B" pour signer ? "Blair" la méchante signe toujours "B" et son amie Serene Van Der Woodsen "S" une vraie midinette sans le vouloir..." : Petite Soeur : serie-Tv addict. Les moins de 20 ans apprecieront.

"Si à 8 ans on n'a pas de Flik Flak, c'est qu'on a raté son enfance" : encore une perle de Petite Soeur, qui porte d'ailleurs fierement au poignet  une Flik Flak de tres belle facture ( offert par son grand frere pour ses 19 ans )

et puis une phrase du jour people :

" J'ai une vie presque virtuelle, à lire, ecrire, écouter de la musique. C'est ce que je prefère faire, de loin" : l'ultra classe Françoise Hardy dans le dernier supplément Next de Libération. interviews croisées avec Julien Doré.

J'aime Françoise Hardy, et je me reconnais pas mal dans cette phrase. C'est d'ailleurs un peu cause de ma " vie virtuelle" que j'ai deserté ce blog. Pas envie de rejoindre mon bureau. Juste besoin de lire en buvant du thé. Et puis, je me suis dit qu'il était temps de nourrir un peu le tiroir.

Je vous offre donc un extrait de mes carnets persos ( ceux qui ne sont pas destinés à etre publiés sur le blog). Ces pages datent du début du mois. Mes carnets persos vous allez le voir sont encore plus moches et bordéliques que les notes classiques.

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ET HOP  BONUS pour les copains de RCF.

un extrait des carnets de Craig Thomson " Un américain en ballade". Il y raconte notamment sa tournée promo en Europe début 2004. le dessinateur était venu defendre son fabuleux album : "Blankets" ( cliquez pour voir l'image en plus grand)

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Posté par Monsieur_B à 19:54 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 mars 2009

Un post réac que j'assume ( un peu)

Je n'ai pourtant jamais été spécialement conservateur. J'ai peut etre voté une fois Centre Droit, mais jamais plus. Pourtant apres avoir couvert une manif', j'ai toujours cette furieuse envie de prendre une carte à l'UMP.

Jeudi la France était dans la rue. Comme je suis plus ou moins payé pour raconter ce que fait la France, je l'ai suivi dans la rue.

Je n'ai jamais trop eu la mentalité manif. Pourtant j'en ai vu beaucoup, mais je n'etais jamais du coté de ceux qui defilaient. CPE, reforme des Universités, du Lycée, des Hopitaux; j'ai toujours remonté le cortège à contre-courant comme un saumon du pavé.

C'est toujours le même cinéma. Les syndicats devant. la CGT devant les autres. 10 metres plus haut, quelques agents de Police. Les organisateurs prevoient toujours une bagnole surmontée de grosses bafles. Pendant une grosse heure, elles cracheront des airs " de lutte". Il y a les classiques, entrainant comme un bon vieux claude François : Le chant des partisans, Hexagone de Renaud ou Bella ciao. Et puis aussi quelques morceaux plus récents : Du Noir Désir, du Saez, et même du Cali. Des chansons qu'il faut ecouter le poing levé.

Du coup je ne tends jamais mon micro vers les types des premiers rangs. la Musique crachée par un mauvaise ampli pollue mes enregistrements. Alors je vais voir plus loin. Là aussi il y a quelques grands classiques. Celui qui m'arrache mon micro pour y hurler " Sarko Facho, le peuple aura ta peau", celui qui refuse de répondre aux médias " complices du patronat".

Ah et puis il y aussi ceux qui me prenent pour un flic en civil. Je les observe, ils pensent que je les compte. Moi, j'ai fini par les reperer les agents chargée des " selon la Police". A Groscouillon il y en a une qui me fait rire à chaque fois. Elle est plutot jeune, doit avoir mon age. Pour ne pas attirer l'attention est elle en civil. Mais le déguisement a été exageré. Elle est fringuée comme une pouffe, maquillée comme une vedette de Pinder. Sans doute une ancienne de la Mondaine. Le plus drole c'est sa façon " discrete" de compter. Petits mouvements de l'index et levres qui prononcent en silence l'évolution de son calcul. Avec ses airs de petits fille appliquée, on la repere à 200 metres.

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Ah et puis ce jeudi il y avait aussi ceux qui trimballaient une poupée gonflable. Sur sa poitrine une pancarte"  Carla on est comme toi, Sarkozy nous baise". Méga Classe. Remarquant mon micro les propriétaires de la poupée sont venus me parler " Eh on peut dire quelquechose ?". " Euh désolé les gars, je suis par certain que votre mascotte soit tres " Couleur d'antenne" "

Un autre truc qui me fait rire dans les manifs : Les anarchistes. A Groscouillon ils sont une petite dizaine. Evidemment tous habillés en noir. Ce jeudi ils portaient une belle banderole " Federation anarchiste" et distribuaient de jolis tracts polycopiés tres proprement. Tres organisés pour des anarchistes.

Il y aussi ceux qui se servent de leurs enfants comme de mignons bébés-Sandwich. cette fillette de 9 ans portait une main en carton aussi grande qu'elle " Touche pas à mon école !". Quand on lui pose des questions, elle raconte qu'elle est dans la rue parce que " Le Gros vernant ( sic) veut casser son école".

A chaque manif son cercueil. depuis quelques années c'est devenu une figure imposée. J'imagine que c'est à chaque fois le même et que l'on change les inscriptions selon l'occasion. Jeudi c'etait les obseques " du service public". Le type deguisé en faucheuse avait une certaine allure. On a fait de gros progres dans les boutiques de farces et attrapes.

Et puis le cortege s'est dispersé. j'ai coupé mon magnéto. Au montage je me suis posé une toute petite question : Mais ils manifestaient pourquoi au juste ?

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Posté par Monsieur_B à 18:37 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 mars 2009

boy next door

Tiens, c'est dommage que Julien Courbet ait été viré de France 2, sinon je crois que je lui aurais passé un coup de fil. C'est bien lui qui gère les conflits de voisinage non ?

Chez lui on voyait souvent des trucs fascinants : Des histoires de clôtures et de cadastre, de poules volés, d’étrons sur paillassons. Chez Julien Courbet les voisins sont toujours ennemis. Celui qui vit à coté de chez toi, est forcement un fou-furieux alccolique qui chie sur ton palier. Longtemps j’ai cru que ces gens n’existaient pas. Que les voisins de Chez Courbet étaient de remarquables comédiens grassement payés par des producteurs peu scrupuleux. Et puis j’ai rencontré Julien... Pas Courbet, un autre.

Julien vit au dessus de chez moi. Souvenez c’est lui, qui débarqua une nuit dans mon salon, habillé d’un simple caleçon ( voir les archives de ce blog). Julien succède à celles que nous appellerons affectueusement «  les deux lesbiennes obèses du dessus ». Des voisines bruyantes lors de leurs disputes, encore plus lorsqu’elles se réconciliaient ( détails croustillants en archive)

Je n’aurais jamais cru écrire ces mots : mais je regrette les deux lesbiennes obèses… je crois même qu’elle me manque.

Depuis l’arrive de Julien au 3 rue de l’Heritan, ma vie est un enfer. Il y a d’abord cette curieuse particularité architecturale. Julien ne peut pas déplacer une chaise sans que le ciel me tombe sur la tête. Chacun de ses mouvements est accompagné d’une délicieuse pluie de plâtre. J’ai beau passer le balai 4 fois par jours, mes meubles sont en permanence recouvert d’une épaisse couche de gravas. Chaque soir en me couchant j’ai l’impression de m’allonger sur une constellation de miettes de biscottes. C’est joli, mais ça pique.

Je ne sais pas comment Julien réussit à faire trembler mon plafond à ce point, il est pourtant d’une corpulence bien plus faible que ses predecesseuses. Souvent, je me demande s’il n’organise pas des matchs de catch sur son plancher. Ou alors peut être qu’il se contente de jouer à la pétanque en attendant le 20h de Pujadas.

Quoi qu’il en soit, grâce à Julien mon 47 metres carrés est peu à peu devenu une annexe du World Trade Center. J’ai donc accroché sur ma porte d’entrée un panneau volé sur un chantier. On peut y lire «  attention chute d’objets ». Mes invités sont invités à passer un casque de chantier et la chambre est « interdite aux visiteurs » Mon chat lui porte un petit masque pour se protéger de la poussière. Ca ne lui va pas trop mal.

Mais s’il n’y avait que ce petit problème de plafond, ma vie rue de l’héritan serait encore une annexe du paradis. Seulement voila, il n’y a pas que les gravats qui traversent notre plancher commun : Le son passe aussi. Il passe même très bien. J’ai un peu l’impression de partager une collocation avec Julien. Lorsque son portable sonne, je consulte le mien. Quand on frappe à sa porte, je jette un œil dans mon judas. Si par hasard il décide d’avoir des relation sexuelles, je partage sa chambre à coucher.

C’est sympa de vivre en dessous de chez Julien, on se sent moins seul. Tous les soirs je me sens même très entouré. Il a plein de copains Julien. Je ne les ai jamais vu, mais je les entends. Souvent la nuit, la tête enfouie sous mon oreiller je partage leurs parties de Playstation. Quand la télé diffuse un match de foot je les entends très distinctement hurler «  Bordelais Enculés » ou «  Arbitre de merde, je te suce la bite ». Notez, c’est pratique, pas besoin d’allumer la télé pour être tenu au courant du score.

Et puis Chez Julien il y a des troisième mi temps aussi. C’est une cérémonie très étudiée : lui et ses quarante copains ouvrent d’abord les fenêtres. Ils aspirent une grande goulée d’air pour pouvoir hurler puissamment leurs chants de guerres. Il est généralement question de «  Marseillais [qui ]vont gagner », de «  Domenech » qui va se faire «  crever ses pneus » ou de Thierry Roland qu’il faut «  [leur] rendre ». C’est bien, ça anime un peu Groscouillon sur saone Il faut dire que passé minuit, il ne se passe pas grand chose par ici.

Quand julien et ses invités ont suffisamment beuglé, ils se consacrent alors à la grande musique. De la Musique qui fait Boum dans le plafond et mon crane. Des messieurs très énervés y chantent des airs engagés contre la police qu’il faut niquer, ou la banlieue qui ne fait rien qu’a nous getthoiser. A la radio, j’ai demandé conseil à Alexis qui connaît bien la Grande Musique. D’apres lui on appelle ce qu’écoute Julien du Hip Hop. On peut dire Rap aussi. Dans mon balladeur, il ya un peu de rap : Les NTM qui eux aussi niquent la Police, ou La Rumeur qui passent leur vie à se disputer avec un ex ministre de l’intérieur. Le rap de Julien n’est pas tout à fait le même, celui là je ne l’aime pas. En fait je crois que j’aime pas le Hip Hop après minuit. Surtout depuis que je me lève à 5h30.

Gavé de somnifères j’ai beau essayer de compter les moutons de poussière sous mon lit, je n’arrive pas à fermer l’œil. Alors je compte mon chat plusieurs fois pour verifier qu’il est bien tout seul. Je lis du Jean D’ormesson pour enfin réussir à m’endormir et je me chante des chansons douces pour m’apaiser un peu. Ca ne marche pas. La chorale de Julien est plus puissante. Ils sont 20, je suis seul. Ils font la fete, je ne dors pas. Invariablement, je trouve le sommeil à l’heure où sonne mon réveil. Je travaille comme un zombie, et je ronfle au micro.

L’autre nuit, j’ai craqué. J’ai attrapé mes lunettes, passé une veste par-dessus mon pyjama et je suis sorti de chez moi. A l’étage, devant la porte de chez Julien on trouve deux chaises et un cendrier, il a annexé le couloir qui donne sur une espèce de petite cour intérieur. Les chaises je les ai reconnus facilement. Ce sont celles du bistrot d’en bas. Il s’est servi. C’est vrai c’est pratique une chaise. Je consulte ma montre pour régler mon niveau de colère. Il est presque 2h du matin, je suis donc très énervé. Glacé, en caleçon sur son palier.

je frappe à la porte de Julien. Une minute passe. Personne ne vient ouvrir. A l’intérieur ça beugle, ça rit, la musique fait vibrer le judas, mais pas la moindre pupille derrière. Je tente ma chance une nouvelle fois et obtient le même résultat. C’est donc à ce moment que je m’énerve, je ne frappe plus à la porte, je tambourine, je martèle, je défonce à moitié sa porte. La porte s’ouvre. C’est Julien Survêtement blanc, chaussures à virgule, un képi de gendarme sur la tête. Oui un képi…

Ses pupilles sont dilatées, son regard vague. Et puis il y a cette odeur. Une odeur que je connais mais que je ne parviens à identifier. «  Vous avez quelque chose à déclarer  ?» gueule mon voisin en voyant mes yeux braqués sur son képi défraîchi. Je ne crie pas, j’opte plutôt pour le ton : au bord de la dépression nerveuse : «  Ecoute, je suis ton voisin du dessous, et je n’en peux plus, je craque. La musique, les cris, je me lève dans 3h et je ne peux pas dormir ». Julien ne répond pas, il réfléchit. L’exercice semble nouveau pour lui, son front se plisse. Il pose alors la main sur mon épaule. Mouvement de recul de ma part, son odeur me gène vraiment. Julien parle d’une voix lente  «  écoute, toi et moi on a un problème. Aparemment t’es plus du matin, et tu vois moi je suis du soir. Et puis tu sais moi aussi, je t’entends le matin quand tu te leves » «  sauf que moi, c’est pour aller bosser, je n’invite pas la moitié de la ville à 5h du matin ». «  Mouais… Allez on en parle plus. Viens boire un coup  ! ».

Ah voila, je reconnais cette odeur, c’est celle de la bière premier prix qu’on buvait au lycée. Une merde imbuvable, dont le seul interet etait de presenter un degré d’alcool non négligeable Il est évidemment hors de question que je me pose mon caleçon sur son canapé, Julien me promet de faire

Je me recouche 10 minutes plus tard une plaque de platre de la taille d’une crèpe me tombe sur la tronche…

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Ah et puis juste pour faire plaisir à Dempsey : une photo de mon chat

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09 mars 2009

revue de presse en passant

En ce lendemain de journée de la femme une petite phrase du jour.

Son auteur ? Notre ami Le Maire de Groscouillon-sur-Saone. Lors d'une conférence de presse, nous evoquions les grands travaux de rénovation urbaine. A la fin de son speech il quitte la salle pour laisser la parole à sa 1ère adjointe "  c'est comme à la maison, c'est elle qui depense et c'est moi qui paye !".

Bon, je prépare une note sur mes petits problèmes de voisinage, j'envisage d'en rediger une sur ma decouverte du monde fabuleux des Cliniques veterinaires. Mais j'ai la femme de m'y mettre.

Alors en attendant, je vous glisse une petite revue de Presse.

L'autre jour, Alexis a debarqué la radio en m'interpellant " tu veux voir la Une la plus pourrie de l'histoire de l'Equipe ?". Et effectivement, ce jour là, pas moins de 4 mauvais jeux de mots à la Une du journal le plus populaire de France. Je ne resiste pas à l'envie de vous faire partager ce grand moment de presse écrite.

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Ah et puis il y aussi cette petite coupure de journal qui traine dans mon portefeuille depuis quelques temps. Une chronique ciné de Libé totalement incomprehensible. Si quelqu'un parvient à trouver un sens dans ces lignes, qu'il me contacte au plus vite.

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Libération toujours avec deux photos qui me font marrer. La première a été publiée il y a quelques semaines en pleine affaire Williamson. Elle est desormais punaisée au dessus de mon bureau. La Deuxième est un fabuleux portrait d'Edouard Balladur paru ce lundi.

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A bientot pour une vraie note.

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02 mars 2009

Eskobar Montaggioni lave plus blanc que blanc

Bon ok ça fait longtemps que je n'ai rien ecrit ici, mais bon j'ai un chat à charge moi. ça reclame du temps ces petites betes là

allez, on parle police

Dealer de savon

c'est étrange, j'ai toujours eu la peur du gendarme. Des que je croise un képi, mes mains tremblent. Je transpire sur mon volant, je me crispe sur le levier de vitesse. Je ne sais pas vraiment d'où ça vient, peut etre faut il y voir un lien avec la part de sang corse qui coule dans mes veines.

Bizaremment, malgré mon air paniqué, la marechaussée ne m'arrete jamais. Pourtant ma pilosité faciale et l'épave dans laquelle je roule, font de moi un suspect idéal. La seule fois qu'un gendarme m'a fait signe pour que je m'arrete, c'etait il y a deja quelques temps et le véhicule que je conduisais n'etait pas le mien. Ce jour là Jean Christophe et moi roulions vers Angoulème. Il devait y animer une emission en direct du festival de la bédé, et m'avait fait l'amitié de me proposer de l'accompagner.

Nous étions donc partis aux aurores de Lyon pour enregistrer l'emission dans l'apres midi. Dans sa grande generosité toute chretienne, notre employeur avait mis un véhicule à notre disposition. Une belle voiture toute neuve que l'on m'avait vivement encouragé à rendre sans la moindre rayure. Jean Christophe, ne conduit pas. C'est comme ça. Il avait d'ailleurs pris bien soin de laisser son permis de conduire chez lui. L'affaire était entendue, je conduirais la voiture-qu'il-ne-surtout-pas-abimer sur des routes verglacées sans envisager une seconde de lui passer le relais.

Tout se passait bien, nous chantions à tue tete du Cali sur l'autoroute et Jean Christophe préparait son emission " Bon va falloir que tu m'aides, je n'y connais rien moi à la bédé". Et puis il y a eu le péage. Limoges je crois. Un car de gendarmerie nous attendait. " Garez vous sur le coté svp messieurs". J'obtempere. Papiers du véhicule. J'obtempere encore. "Vous aussi monsieur ! " curieux, ils veulent verifier aussi les papiers de mon passager. Jean Christophe ne transporte pour seul papier d'identité que sa carte de presse. Il tend donc ce document au moustachu gradé. Mais celui ci ne l'accueille pas avec grand plaisir " Qu'est ce que c'est que ça monsieur ! Vous voulez m'impressionner ! C'est une tentative de pression c'est ça !" " Bah non c'est juste que la carte de presse rentre plus facilement dans mon portefeuille [ meme format qu'une carte bleue]" se defend Jean Christophe. Le gendarme n'est pas content. " C'est pas une pièce d'identité ça !" " Ah si monsieur, ça compte" retorquons nous en coeur. Il grogne empoche nos papiers et file dans sa camionette. Il verifie l'identité de ces deux journalistes corses un peu louche.

C'etait ma seule experience des controles de police. Jusqu'à aujourd'hui...

ce matin là je rentrais de Lyon. j'avais passé la nuit Chez Frau Nath pour éviter les travaux qui se sont installés sous ma fenetre. Dans ma petite fiesta je roulais donc tranquillement en écoutant France Inter. Au pèage de Villefranche je recupere mon ticket. Jusque là que du tres classique. Mais au moment ou s'ouvre la barrière, un chauve apparait. Il est habillé d'un bel uniforme bleu nuit, ses rangers sont lacées comme il faut. Sur sa veste on peut lire " Douanes". Je baisse ma vitre et jette mon mégot à ses pieds. Il fait la moue mais me salut. Poli comme un premier communiant je lui reponds " Bonjour monsieur le douanier". " Vous venez d'où ?" me lance le chauve. " De Lyon" ( au ton de sa voix j'ai preferé eviter de lui épargner les details sur les travaux à Groscouillon et l'appartement de Frau Nath )." Et vous allez où comme ça ?". Comme ça ? ça veut dire quoi " comme ça" ? Je laisse mes interrogations sur la bande d'arret d'urgence et répond à cette question facile ( j'aime bien les question faciles). " Je vais à Groscouillon-sur-saone monsieur le douanier". Encore une question du chauve, c'est marrant j'ecoutais justement le " jeu des 1000 euros" : " Vous travaillez à Groscouillon ?" " Oui Monsieur !".

Ma réponse est correcte pourtant il ne me propose pas le superbanco, il enchaine. " Vous consommez des stupéfiants ?". Ah là je sens la question piège, j'evite de trop reflechir et répond " Oh non monsieur le douanier c'est illégal vous savez !". Il sait.

A ce moment de notre conversation le chauve décide de mettre fin aux politesse. Je dois lui plaire, il m'invite à sortir du vehicule. " Ouvrez le coffre s'il vous plait". Encore une fois j'obéis. Mon nouvel ami est un peu déçu. Dans mon coffre un sac de couchage mauve, un sac à dos " Ville de Groscouillon", une vieille couverture pour les pics-nics et les galipettes dans les champs et puis aussi un sac de litière pour chat. Pas de stupéfiants, pas même un petit sachet de cocaïne.

" C'est quoi ça ?" demande le douanier en désignant le sac barré des lettres " Litière pour chat". Le chauve a sans doute oublié ses lunettes, alors bon camarade, je traduis : ' C'est de la litière pour mon chat". " Ouvrez le sac". Tiens ? il a peut etre une envie pressante, c'est bizarre de vouloir faire ça dans la litière, il y a pourtant des toilettes sur cette aire d'autoroute. J'ouvre. Il plonge sa main dans le sac. Je ne peux m'empecher de penser au gringo de Jacques Vabre lorsqu'il soupese les grains de cafés des producteurs du Nicaragua.

La litière est validée par le douanier " Bon ça va". Il doit s'y connaitre en litière lui. Il lui a suffit de plonger sa main dans le sac pour savoir que c'etait de la qualité. C'est certainement un ami des betes.

Le contenu de mon coffre a un peu déçu le chauve, il décide alors de visiter l'habitacle. Ce douanier n'a pas de chien, alors il s'y colle. Je l'observe en train de renifler à quatre pattes le sol de ma voiture. Soudain, comme un chien de chasse, il marque l'arret. Il a trouvé quelquechose " C'est quoi ça ?".. " Ca" c'est un petit emballage doré posé sur le Michelin. Il s'agit d'un savon Cléopatra dans son emballage ( ne me demandez pas ce qu'il fabrique là je l'ignore. Je sais juste qu'il y est depuis longtemps).

"C'est du savon monsieur le douanier. Du Cléopatra même". Ma réponse ne le satisfait pas. " Et vous trouvez ça normal de transporter du savon au pied du siege passager ?". Là il marque un point. Il a raison le douanier, c'est bizarre. je ne sais pas trop quoi répondre, j'essaye une vague explication " Il a du glisser de mon sac". Il pose encore question. " Vous savez ce qui mé dérange ?". Sans me laisser le temps de répondre il enchaine. " Le savon Cléopatra ça n'existe plus depuis au moins 15 ans. je trouve ca louche". Alors là je ne suis pas d'accord. Le Marché Plus de Groscouillon vend du savon Cléopatra. meme qu'il y en a tout le temps dans le savon de ma Maman. " Euh Vous devez confondre avec le Tang monsieur le douanier"

Le chauve est enervé, il sort un couteau de sa botte, je commence franchement à flipper. j'hesite à lever les mains en l'air, il n'a pas vraiment l'air d'en vouloir à mon intregrité physique. C'est en fait au savon qu'il s'attaque. Il retire l'emballage et commence à decouper le Cléopatra. Ca m'embete un peu, je n'aime pas trop me laver avec des petits morceaux de savon, ca mousse moins bien et ça ne tient pas dans la main. Il coupe mon savon comme s'il voulait le partager avec toute sa famille. Peut etre qu'ils n'ont pas les moyens de s'acheter des produits d'hygiène...

Le douanier renifle mon savon. Ca sent le savon. Il leve un sourcil." Bon ça ira, circulez, mais à l'avenir evitez de transporter du savon dans votre voiture". La phrase est absurde, mais je ne moufte pas. Je démarre, j'allume l'autoradio. Le jeu des 1000 euros est terminé. Sur France Inter ce sont les infos. " Prise record de stupéfiants sur l'A6".

Encore un dealer de Savon...

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10 février 2009

Le jour où je suis devenu " journaliste de droite"

Salut les cocos. Pas de commentaires sur la dernière note. Vous connaissez le tarif : une photo de moi ! J'hesitais entre vous presenter mes nouvelles lunettes et mon nouveau chat. Ca sera la bestiole.

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Et tout de suite, la phrase du jour. Une spéciale Victor : Brillant étudiant en journalisme mais aussi Scout de France. L'autre jour, il organisait une réunion à Groscouillon, le maire s'est deplacé pour saluer les petits Scouts. Victor m'a envoyé le message suivant : "Vendredi soir, le maire de Groscouillon m'a dit que j'avais fait un beau discours, que je ferai surement de la politique, je lui ai dit " Non du Journalisme !". Il m'a répondu : Vous verrez vous allez bien tourner, vous serez politique"

Et à present, quelques extrais d'un devoir de Victor : " Faites le portrait d'un Journaliste que vous connaissez". Il a choisit Bibi :

"[..]Depuis, le jeune journaliste semble n’avoir pas changé. La même démarche nonchalante ; la même garde robe encore un peu adolescente où se côtoient jeans troués et T-shirt sérigraphiés"

" Le jeune journaliste ne compte ni ses heures ni ses cernes. Souvent débordé de travail, son bureau l’est tout autant de feuilles volantes & de journaux. Il se défend d’être « bordelique ». La directrice de la radio ironise : « Ici, c’est chez Benoit, derrière les quatre tasses à café à peine finies où sous les tas de journaux, vous le trouverez peut-être ».

Allez et comme mes chevilles sont en train d'exploser, on court vers La Note du Jour :

Le Jour où je suis devenu  "journaliste de droite"

" Euh Ok..."

Pfff. Va vraiment falloir que j'arrete de dire " oui" à tout. Mais je crois que c'est plus fort que moi, des qu'on me propose de me mettre en avant, Monsieur Mon Ego prend le dessus et je réponds par l'affirmative.

J'ai donc dis " Oui", sans trop savoir ce qui m'attendais.

Ce jour là j'étais allé interroger un patron de café. Le genre de café frequenté par des " habitués", qui preferent le Picon bière au ptit noir. Le patron s'appelle Flo, il organise régulièrement dans son rade des " cafés citoyens". Un thème : le sport, le logement ou l' écologie. Et une heure de débats en compagnie des politiques locaux. Ce jeudi là la discussion devait d'articuler autour de La Culture : " Pourquoi ne se passe t'il rien à Groscouillon ?".

A mon micro, Flo disserte sur le principe de " Café Citoyen". C'est à dire des question directes de " simples contribuables", des politiques face aux vrais gens, des clients qui osent prendre la parole pour poser leurs questions. Ce jour là, pour la première fois, l'heure de débat sera diffusée en direct sur une radio concurrente.

L'interview se termine, Flo me paye un café et nous parlons radio. Il est passioné et a déja ecumé comme benevole la plupart des antennes associatives de la région. Il est enthousiaste, parle avec les mains et me tutoie déja.

Flo me demande : " Tu viendras jeudi soir ? ". Sans grande conviction, je réponds poliment " Euh ouais ouais, je vais ptet passer". Il s'emballe : " Génial ! Bon, tu auras 10 minutes pour interroger les invités. Prévois des questions bien percurtantes, hein !"

" Euh ok..."

Je viens de me faire avoir là. Sans trop comprendre comment, me voila en train de préparer une intervention dans un bistrot pour l'antenne d'une radio concurrente.

Jeudi donc. Comme je suis un type fiable ( et faible aussi), j'arrive à l'heure. Le café de Flo est déja rempli de curieux ? Curieux ? En fait, je ne sais pas trop, mais il y a du monde au comptoir. Dans un coin, sur une estrade, un studio de fortune a été installé sur des tables de bar.

J'arrive au même moment qu'un confrere journaliste au " Patriote", lui aussi doit intervenir ce soir. Flo nous salue chaleureusement " Alors en forme les journalistes ?". Il nous presente à ses camarades. " Ce soir, le pluralisme est respecté. On a Rodophe, journaliste de Gauche et Benoit, journaliste de Droite"

"Euh Pardon ? Depuis quand je suis un journaliste de droite moi ?" " Bah tu travailles à RCF, t'es donc de droite, normal quoi !"

" Bah oui, normal... Bon fais moi plaisir, arrete de dire que je suis un journaliste de droite, ça a légerement tendance à me filer des boutons"

" Serieux, t'es un journaliste de gauche ?"

" Mais non !, Ni l'un ni l'autre ! Les bulletins que je glisse dans l'isoloir n'ont à rien à voir avec que je raconte dans mon micro !" " Mouais..."

Bougon, je vais m'assoirD Derrière un demi, je jette un oeil à l'installation technique. Trois pieds de micro, une table de mixage sans age, ça fleure bon la radio libre eighties. Au fond, un type écoute la radio sur un petit transistor. Il doit indiquer à Flo le moment de la prise d'antenne.

A coté de moi, derrière un verre d'eau, le collègue de la presse écrite angoisse. Il consulte ses notes nerveusement.

Les deux invités arrivent. Veste noire et pipe pour l'adjoint à la culture (UMP), blouson et poussette pour l'élu de l'opposition (PS) convoqué pour " apporter la contradiction".

Antenne dans 30 secondes. Derniers réglages, la clientèle est invitée à respecter le silence " Allez maintenant, tout le monde la ferme !". Au milieu des habitués, quelques responsables politiques de Groscouillon ont pris place. Contraste étonnant.

Le débat débute : Les enceintes crachent leur larsens, les micros saturent. De l'autre coté du poste, le son doit etre infect. Flo posent les premières questions " Bon bah moi, je paye des impots et j'aimerais savoir ce qu'on fait avec mon argent !". Le ton est donné.

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( Photo R. Bretin)

L'élu et son opposant se renvoient la balle. Au centre Flo compte les points avec le sourire. Le copain de la presse écrite intervient avant moi. Sa voix suit le mouvement de sa main, elle tremble un peu. Face à lui les réponses de l'élu sont aggressives " Prouvez ce que vous avancez !". Il est en train de se faire manger en direct et en public.

C'est maintenant mon tour. " Et tout de suite on accueille Benoit Montaggioni de la RCF et vous pouvez l'applaudir !". Etrange mélange de Drucker et d'Ecole des Fans. En 5 ans de radio, c'est la première fois qu'on applaudit avant que je pose des questions. D'ailleurs, c'est aussi la première fois que je fais une interview bière à la main. Dans l'autre, on me glisse un micro. Je n'en avais jamais vu d'aussi leger, J'ai l'impression de tenir un jouet. En plus la chaise grince. Elle est un peu bancale aussi je crois. Je commence à parler. Rien ne sort des enceintes. " Ah Benoit, je crois qu'il faut allumer le micro" se marre Flo. Bon, c'est un micro de Karaoké, maintenant je suis au courant.

Je dois donc interroger l'adjoint au maire en charge de la Culture. Je le connais bien. C'est un ancien journaliste, chef d'agence du canard local à Groscouillon. C'est à lui que je dois mon premier stage dans le métier. Quelques années apres, nous avons aussi co-animer une émission politique à la radio. Mais pas de pitié, je fais mon boulot. On s'engueule, il s'enerve. A un moment, la foule m'applaudit. Ambiance à la Pollac, il ne manque que la fumée.

Un type gueule au fond de la salle " Eh toi le Politicard, j'aimerais bien savoir combien tu gagnes !". Un autre enchaine " Et pourquoi vous ne filez jamais de pognons aux bénévoles !" (!).

Mon intervention s'acheve, Flo remercie " Benoit de la RCF : Radio Catholique de France". Presque, RCF ça veut dire " Radios Chrétiennes Francophones".

Apres le débat, mon troisième verre de la soirée en main, je vais discuter avec l'élu que j'interrogeais tout à l'heure. On est copains, on se tutoie. Un client du bar nous entend " Putain tu me dégoutes, tu l'engueule devant le micro, et là tu lui fais des mamours. Tous pourris !"

Je réponds dans un sourire. "Bah oui, je suis un journaliste de droite moi..."

Posté par Monsieur_B à 18:09 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 février 2009

Giboulées

Une petite phrase du jour pour commencer : " Je vais avoir une carte bleue, j'ai des poils, je deviens un homme". Alexis 28 ans, technicien radio, recevra bientot en remplacement de sa carte de retrait, sa toute première carte banquaire. Et se caressant la barbe, fasciné par le nouvelle vigueur de sa pilosité faciale

Ah et tiens, une jolie petite conversation téléphonique avec un Curé !

- Bonjour mon Père, j'aurais voulu vous interroger sur la rénovation de votre cathédrale integrée au plan de relance.

- Ah mais c'est pas fait du tout ! Y a encore rien de sûr !

- euh si, il me semble bien que ce soit officiel...

- Ca m'etonnerait fort jeune homme. Quels sont vos sources ?

- Vous savez, normalement un journaliste ne livre jamais ses sources, mais là j'imagine que je peux vous le dire

- Alors qui vous a donné cette information douteuse mon fils ?

- François Fillon, Premier Ministre du gouvernement français, à Lyon devant une foret de caméras et de micros.

- Hum... Peut etre. Mais pour moi ce n'est pas officiel pour autant.

- Bon...

Et sans plus attendre, la note du jour, on parle neige :

Pourvu qu'on ait le flocon

J'ai gribouillé cette note mardi soir, la neige tombait sur Groscouillon-sur-Saone. Elle n'a pas tenu. Pas même un centimetre. J'ai quand meme pris le temps de me promener sous les flocons. Autour de moi un curieux nuage de parapluies. Des le premier signe de neige, le Groscouillonais prévoyant sort son pépin. Moi, je me refuse à acheter un parapluie. Ils me font peur.

Et puis se promener sous la neige, sans bouclier est un vrai plaisir. Comme un gamin, trempé mais content.

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J'ai meme bricolé une petite boule de neige. Comme un sale gamin je l'ai jeté sur la tronche d'un gosse. Il ne m'a pas vu, j'ai pris soin de me cacher derrière une voiture.

Une revanche à cette boule de neige fourrée aux marrons qui avait eclaté les lunettes du petit garçon que j'etais, à Nancy en 1994. Un traumatisme encore tres present.

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Et puis là, en regardant par la fenetre, je reve d'un hiver à la Calvin et Hobbes. Une neige maléable, des bonhommes parfaits, d'interminables descentes en luge.

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Mais cette neige là n'a pas tenue. Je comprends maintenant pourquoi l'office de tourisme de Groscouillon n'a pas mis en vente des boules à l'effigie de la ville...

Posté par Monsieur_B à 18:27 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 janvier 2009

Dejeuner chez Monseigneur

Avant d'attaquer la note du jour, petite phrase volée au cours de la manifestation de ce jeudi à Groscouillon. Deux flics chargés de compter les manifestants " Je prefere ces manifs là, y a pas longtemps, j'ai fait les lycéens :ça va trop vite, pas le temps de les compter" " Oui le bonheur c'est les manif de retraités, là t'as le temps de compter trois fois"

Et hop la note du jour

Bishop Day

« Et j’imagine que vous savez quel Saint nous fêtons aujourd’hui ?»

Quel saint nous fêtons ? Euh… Non. Je retiens à peine mon code de carte bleu, alors les 365 martyres de l’année faut pas trop compter sur moi. Pourtant, je hoche la tête d’un air entendu. « St Thomas D’aquin ! » Ah ouais ouais, saint thomas d’AQUIN. C’est où Aquin ? C’est une ville ça ?

J’ai souvent tendance à oublier que je bosse pour une radio chrétienne. Je compulse rarement la « charte de l’info » qui m’invite à proposer « une information prophétique » à mes auditeurs, je n’ai d’ailleurs jamais trop compris ce que cela pouvait bien vouloir dire. Pourtant des fois, les valeurs que portent la radio que je représente se rappellent à moi. Samedi en reportage j’ai eu droit à « Radio Chrétienne ? Vous défendez les intégristes c’est ça ? » , « Ah non moi pas d’interview, je parle pas avec Benoit XVI ! ».

RCF Est une radio diocésaine. Ce n’est pas noté sur ma fiche de paye, mais je bosse pour l’Eglise, elle est notre principale source de financement. L’évêque de Saone et Loire est donc plus ou moins mon boss. J’ai parfois du mal à m’y faire.

Mercredi, toute l’équipe de la radio était invitée à déjeuner chez Monseigneur. Une veille de grève nationale j’avais un peu de boulot, mais on m’a fait fermement comprendre que je n’avais pas la choix.

Particularité amusante, la maison de l’évêque et sa radio sont situés au deux extrémités du département. Groscouillon est au sud, Eveque-ville au nord. Pour aller serrer la pince de Monseigneur, il faut donc se farcir une bonne1h30 de route dont la moitié sur des petites routes.

En bougonnant je monte dans la voiture d’Alexis. Sur la route on fume des clopes en révisant notre catéchisme. Après Chalon, nous pénétrons dans la campagne profonde, les bottes de pailles balayen presque la route façon western, la température chute brutalement et nos sourires se figent.

Dans ce coin là, aucun passant ne descend sous la barre des 70ans.

Nous arrivons enfin à Eveque-ville, l’autoradio ne capte que Rires et Chansons,…

La commune ne compte pas 10 000 habitants, nous réussissons pourtant à nous perdre.

En voiture, nous ne croisons qu’une seule autochtone. Je la vois de loin, regard vide, un labrador arnaché à une laisse blanche. A ma grande surprise Alexis ralentit à sa hauteur. « Excusez moi madame, on cherche l’éveché. » Je me pince la cuisse pour ne pas exploser de rire, Alexis n’a pas encore compris. A l’arrière son chien aboie après le labrador-guide. Les yeux dans le vague, la passante nous renseigne. Alexis relève enfin sa vitre, démarre et j’hurle de rire. Il me dit « Putain, je comprenais pas pourquoi elle ne me regardait pas ! » Alexis vient de demander son chemin à une aveugle. Il tente de se justifier « Non mais c’est un geste pour l’insertion des handicapés, je suis sur que ça lui a fait plaisir »

Grâce à la dame au Labrador nous trouvons l’évêché. On gare notre poubelle au pied d’une gigantesque bâtisse.

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Tout timide nous entrons. A l’étage une plaque doré indique « Bureau de l’évêque ». Le reste de l’équipe est déjà là. Nous attendons, mal à l’aise sur des fauteuils trop durs dans une pièce trop grande.

Monseigneur arrive enfin. Je colle mon sourire gendre-idéal-faux-cul-bon-chrétien-scout-de-france sur mon visage. Comme un agriculteur à la messe du dimanche, je retire ma caquette en signe de respect.

Il est gentil l’éveque. Il nous aime bien. En plus comme le Pape il s’appelle Benoit. Moi aussi je m’appelle Benoit, ça nous fait déjà un point commun.

Ce n’est pas n’importe qui Monseigneur, son papy était ministre de De Gaulle. Moi mon papy il était dentiste, c’est moins classe, mais plus pratique pour organiser un détartrage.

L’homme de Dieu, à chaud dans sa veste polaire, répète à qui veut l’entendre « Oh ça fait plaisir de vous voir pour autre chose que pour le travail. Vous n’avez pas pris de micro j’espère ». Il est excité comme un gamin qui recevrait ses camarades à goûter. Nous ne montrons pas tout de suite le magnéto rangé dans le sac. Nous l’interrogerons sur les évêques intégristes plus tard. Je n’évoque pas non plus la journée de travail perdue pour un goûter à l’évêché.

Il veut absolument que nous prenions l’apéro dans le petit salon. Il l’aime beaucoup son petit salon. Et C’est vrai que c’est une belle pièce. On dirait une maison commune de Poudlard. Monseigneur vante l’acoustique des lieux Les techniciens radio approuvent.

Whisky pour moi, c’est toujours la boisson que je choisis quand me sens mal à l’aise.

L’évêque nous demande de lui recommander qqn pour animer une conférence à ses cotés « sur les rapports hommes/ femmes dans la Bible » . « Mais attention j’en veux une qui soit féminine mais pas féministe » « Aidez moi, je n’y connais rien aux femmes ». Sur ce dernier point je veux bien le croire.

Après nous être extasiés sur le potager de Monseigneur nous passons à table. Le vicaire général ( premier ministre de l’évêque) nous glisse d’un air coquin « j’ai donné des consignes vous allez être soignés » et Monseigneur d’ajouter « Les Sœurs ont mis les petits plats dans les grands »

Oui ici ce sont des religieuses qui font la cuisine.

Alors que nous allions prendre place l’Eveque saisit un livre. Il nous demande « et j’imagine que vous savez quel saint nous fêtons aujourd’hui ?». Alexis et moi échangeons un regard surpris. La voix de Monseigneur change de tonalité, elle devient plus cérémonieuse, il commence la lecture d’un texte de Thomas D’aquin.

Zut le bénédicité ! Je ne l’avais pas vu venir celui là. Je ne sais pas comment me tenir.

Debout devant mon assiette je jette un œil à mon collègue. Il est aussi gêné que moi, croise les bras, les passe derrière le dos, fixe son assiette., puis le plafond.

Le fou rire monte. Surtout ne croiser aucun regard. Je me mords l’intérieur de la joue de toute mes forces; je comprends maintenant que l’on puisse rire à un enterrement.

Le bénédicité se termine, l’Évêque entonne « au nom du pere, et du fils … »

Là je sais faire. Scolarité complète suivie dans des établissements catholiques, pour moi le signe de croix est une chorégraphie bien rodée.

Alexis a plus de difficulté. Il hésite, par quel coté faut il commencer ? Son index exécute une drôle de danse. On croirait qu’il tient un pinceau.

Le déjeuner commence enfin. La pression retombe un peu.

Sauf pour Alexis, il voudrais bien du vin, mais ne sait pas s’il doit tendre le petit ou le grand verre. Pas de chance il tend le grand.

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(Chalon-sur Saone, fevrier 2008.La chef et le boss.)

Toutes les 5 secondes une petite Sœur, tout sourire se penche à ma gauche. Elle est bien contente que je « fasse honneur » à son repas. Je ricane intérieurement en repensant aux « consignes » censées nous gâter. Betteraves et endives en entrée. Escalope et pomme de terres pour poursuivre et tarte aux pommes maison en dessert. L’église n’est pas si riche que ça finalement

Par contre Les religieuses ont un sens de l’hospitalité assez curieux. Malgré la présence de ma chef à la droite de l’évêque, la sœur s’obstine à remplir l’assiette de l’homme de dieu avant celle de la femme de l’assemblée.

A un moment Monseigneur se tourne vers son premier ministre « Et Benoit notre journaliste est allé à Sydney pour les JMJ cet été. Ça a été une très belle expérience pour lui ! Allez Benoit raconte nous ce que ce voyage t’a apporté dans ta Foi ? »

Dans ma Foi… Le pauvre s’il savait. J’essaye d’esquiver discrètement, de changer de sujet, de parler de mes reportages sur place. Mais Monseigneur reviens à la charge. « Et puis il y a la foi aussi ! ».

Ma chef ne me lâche pas des yeux. Si elle pouvait, elle me jetterait un coup de pied sous la table. Je ravale donc amour propre,mes principe et mon intégrité et joue le rôle de Scout que l’on attend de moi.

Ce soir là en rentrant chez moi, j’ai relu ma dernière fiche de paye. Il est noté en haut « Chrétiens Medias 71 ». Ah oui je bosse pour l’Église. Des fois j’oublie.

JMJ_SYDNEY_191

( Aéroport de Sydney, Juillet 2008. Saurez vous retrouver Monseigneur dans cette image ?)

Ah et puis je rappelle à tout le monde que je suis toujours à la recherche d'un petit chat.

Posté par Monsieur_B à 19:15 - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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