29 janvier 2009
Dejeuner chez Monseigneur
Avant d'attaquer la note du jour, petite phrase volée au cours de la manifestation de ce jeudi à Groscouillon. Deux flics chargés de compter les manifestants " Je prefere ces manifs là, y a pas longtemps, j'ai fait les lycéens :ça va trop vite, pas le temps de les compter" " Oui le bonheur c'est les manif de retraités, là t'as le temps de compter trois fois" Et hop la note du jour Bishop Day « Et j’imagine que vous savez quel Saint nous fêtons aujourd’hui ?» Quel saint nous fêtons ? Euh… Non. Je retiens à peine mon code de carte bleu, alors les 365 martyres de l’année faut pas trop compter sur moi. Pourtant, je hoche la tête d’un air entendu. « St Thomas D’aquin ! » Ah ouais ouais, saint thomas d’AQUIN. C’est où Aquin ? C’est une ville ça ? J’ai souvent tendance à oublier que je bosse pour une radio chrétienne. Je compulse rarement la « charte de l’info » qui m’invite à proposer « une information prophétique » à mes auditeurs, je n’ai d’ailleurs jamais trop compris ce que cela pouvait bien vouloir dire. Pourtant des fois, les valeurs que portent la radio que je représente se rappellent à moi. Samedi en reportage j’ai eu droit à « Radio Chrétienne ? Vous défendez les intégristes c’est ça ? » , « Ah non moi pas d’interview, je parle pas avec Benoit XVI ! ». RCF Est une radio diocésaine. Ce n’est pas noté sur ma fiche de paye, mais je bosse pour l’Eglise, elle est notre principale source de financement. L’évêque de Saone et Loire est donc plus ou moins mon boss. J’ai parfois du mal à m’y faire. Mercredi, toute l’équipe de la radio était invitée à déjeuner chez Monseigneur. Une veille de grève nationale j’avais un peu de boulot, mais on m’a fait fermement comprendre que je n’avais pas la choix. Particularité amusante, la maison de l’évêque et sa radio sont situés au deux extrémités du département. Groscouillon est au sud, Eveque-ville au nord. Pour aller serrer la pince de Monseigneur, il faut donc se farcir une bonne1h30 de route dont la moitié sur des petites routes. En bougonnant je monte dans la voiture d’Alexis. Sur la route on fume des clopes en révisant notre catéchisme. Après Chalon, nous pénétrons dans la campagne profonde, les bottes de pailles balayen presque la route façon western, la température chute brutalement et nos sourires se figent. Dans ce coin là, aucun passant ne descend sous la barre des 70ans. Nous arrivons enfin à Eveque-ville, l’autoradio ne capte que Rires et Chansons,… La commune ne compte pas 10 000 habitants, nous réussissons pourtant à nous perdre. En voiture, nous ne croisons qu’une seule autochtone. Je la vois de loin, regard vide, un labrador arnaché à une laisse blanche. A ma grande surprise Alexis ralentit à sa hauteur. « Excusez moi madame, on cherche l’éveché. » Je me pince la cuisse pour ne pas exploser de rire, Alexis n’a pas encore compris. A l’arrière son chien aboie après le labrador-guide. Les yeux dans le vague, la passante nous renseigne. Alexis relève enfin sa vitre, démarre et j’hurle de rire. Il me dit « Putain, je comprenais pas pourquoi elle ne me regardait pas ! » Alexis vient de demander son chemin à une aveugle. Il tente de se justifier « Non mais c’est un geste pour l’insertion des handicapés, je suis sur que ça lui a fait plaisir » Grâce à la dame au Labrador nous trouvons l’évêché. On gare notre poubelle au pied d’une gigantesque bâtisse. 
Tout timide nous entrons. A l’étage une plaque doré indique « Bureau de l’évêque ». Le reste de l’équipe est déjà là. Nous attendons, mal à l’aise sur des fauteuils trop durs dans une pièce trop grande. Monseigneur arrive enfin. Je colle mon sourire gendre-idéal-faux-cul-bon-chrétien-scout-de-france sur mon visage. Comme un agriculteur à la messe du dimanche, je retire ma caquette en signe de respect. Il est gentil l’éveque. Il nous aime bien. En plus comme le Pape il s’appelle Benoit. Moi aussi je m’appelle Benoit, ça nous fait déjà un point commun. Ce n’est pas n’importe qui Monseigneur, son papy était ministre de De Gaulle. Moi mon papy il était dentiste, c’est moins classe, mais plus pratique pour organiser un détartrage. L’homme de Dieu, à chaud dans sa veste polaire, répète à qui veut l’entendre « Oh ça fait plaisir de vous voir pour autre chose que pour le travail. Vous n’avez pas pris de micro j’espère ». Il est excité comme un gamin qui recevrait ses camarades à goûter. Nous ne montrons pas tout de suite le magnéto rangé dans le sac. Nous l’interrogerons sur les évêques intégristes plus tard. Je n’évoque pas non plus la journée de travail perdue pour un goûter à l’évêché. Il veut absolument que nous prenions l’apéro dans le petit salon. Il l’aime beaucoup son petit salon. Et C’est vrai que c’est une belle pièce. On dirait une maison commune de Poudlard. Monseigneur vante l’acoustique des lieux Les techniciens radio approuvent. Whisky pour moi, c’est toujours la boisson que je choisis quand me sens mal à l’aise. L’évêque nous demande de lui recommander qqn pour animer une conférence à ses cotés « sur les rapports hommes/ femmes dans la Bible » . « Mais attention j’en veux une qui soit féminine mais pas féministe » « Aidez moi, je n’y connais rien aux femmes ». Sur ce dernier point je veux bien le croire. Après nous être extasiés sur le potager de Monseigneur nous passons à table. Le vicaire général ( premier ministre de l’évêque) nous glisse d’un air coquin « j’ai donné des consignes vous allez être soignés » et Monseigneur d’ajouter « Les Sœurs ont mis les petits plats dans les grands » Oui ici ce sont des religieuses qui font la cuisine. Alors que nous allions prendre place l’Eveque saisit un livre. Il nous demande « et j’imagine que vous savez quel saint nous fêtons aujourd’hui ?». Alexis et moi échangeons un regard surpris. La voix de Monseigneur change de tonalité, elle devient plus cérémonieuse, il commence la lecture d’un texte de Thomas D’aquin. Zut le bénédicité ! Je ne l’avais pas vu venir celui là. Je ne sais pas comment me tenir. Debout devant mon assiette je jette un œil à mon collègue. Il est aussi gêné que moi, croise les bras, les passe derrière le dos, fixe son assiette., puis le plafond. Le fou rire monte. Surtout ne croiser aucun regard. Je me mords l’intérieur de la joue de toute mes forces; je comprends maintenant que l’on puisse rire à un enterrement. Le bénédicité se termine, l’Évêque entonne « au nom du pere, et du fils … » Là je sais faire. Scolarité complète suivie dans des établissements catholiques, pour moi le signe de croix est une chorégraphie bien rodée. Alexis a plus de difficulté. Il hésite, par quel coté faut il commencer ? Son index exécute une drôle de danse. On croirait qu’il tient un pinceau. Le déjeuner commence enfin. La pression retombe un peu. Sauf pour Alexis, il voudrais bien du vin, mais ne sait pas s’il doit tendre le petit ou le grand verre. Pas de chance il tend le grand.
(Chalon-sur Saone, fevrier 2008.La chef et le boss.)
Toutes les 5 secondes une petite Sœur, tout sourire se penche à ma gauche. Elle est bien contente que je « fasse honneur » à son repas. Je ricane intérieurement en repensant aux « consignes » censées nous gâter. Betteraves et endives en entrée. Escalope et pomme de terres pour poursuivre et tarte aux pommes maison en dessert. L’église n’est pas si riche que ça finalement Par contre Les religieuses ont un sens de l’hospitalité assez curieux. Malgré la présence de ma chef à la droite de l’évêque, la sœur s’obstine à remplir l’assiette de l’homme de dieu avant celle de la femme de l’assemblée. A un moment Monseigneur se tourne vers son premier ministre « Et Benoit notre journaliste est allé à Sydney pour les JMJ cet été. Ça a été une très belle expérience pour lui ! Allez Benoit raconte nous ce que ce voyage t’a apporté dans ta Foi ? » Dans ma Foi… Le pauvre s’il savait. J’essaye d’esquiver discrètement, de changer de sujet, de parler de mes reportages sur place. Mais Monseigneur reviens à la charge. « Et puis il y a la foi aussi ! ». Ma chef ne me lâche pas des yeux. Si elle pouvait, elle me jetterait un coup de pied sous la table. Je ravale donc amour propre,mes principe et mon intégrité et joue le rôle de Scout que l’on attend de moi. Ce soir là en rentrant chez moi, j’ai relu ma dernière fiche de paye. Il est noté en haut « Chrétiens Medias 71 ». Ah oui je bosse pour l’Église. Des fois j’oublie.
( Aéroport de Sydney, Juillet 2008. Saurez vous retrouver Monseigneur dans cette image ?)
Ah et puis je rappelle à tout le monde que je suis toujours à la recherche d'un petit chat.
Commentaires
un chat noir, peut être? pour le clouer sur une porte? ça ne se fait pas.
brave scout!
David > vexé ?
Strip-Tease
C'est bête ! on aurait eu une caméra....j'imagine le reportage.
Et je tiens à préciser qu'Alexis est né au coeur de la Lorraine et à la mine y a qu'un seul et gros verre. Une chope avec de la Chimay, voilà le vrai jardin d'Eden !
Djakiki > la prochaine fois on prendre puppy.
B.
non, non, pas vexé pour un sou... mais juste amusé de cette rencontre vécue à des degrés différents, suivant les participants. T'as même pas été tenté de faire du frappat sur "l'indépendance du journaliste et pourtant le regard sur l'actualité qui est juste et croyant sans être prosélyte ni diffuseur de nouvelles officielles?". T'es un gars bien, benoît, tu sais te taire. ou dire ce qu'il faut! ;)
et merci pour le commentaire. j'irais bien relire aussi du Davodeau, mais auj, ça va être chaud.
Haaaaa…
Mais je l'avais pas compris comme ça, ton fou-rire dans la voiture, moi !
Je croyais que c'était à cause du jeu de mot :
« Excusez moi madame, on cherche l’éveché. »
l’éveché… HAHA !
les wc, quoi !! Huhuhu
…
non ??
…
Bon, c'est de l'humour qui fait rire que moi ! :^P
Bref.
Sinon, bien drôle cette note, un peu moins quand on le vit je pense, mais de l'extérieur, je suis mdr ! ( et même xpldr, c'est dire !) :D
expérience intéressante
Grand journaliste,
Je ne crois pas que tu ais choisis la bonne option quant à ton discours de bon scout. L'évêque n'attendait pas surement pas un discours de circonstance ou lisse mais bien ton témoignage personnel.
Alors oui, ta chef t'aurait descendu en sortant de là mais ton "amour propre" aurait été sauf et tu aurais dit vraiment ce que tu penses.
"Le pauvre, s'il savait..." On a trop souvent tendance à croire que les chrétiens sont effrayés de ceux qui ne pensent pas comme eux.
Je suis sûr que notre brave évêque a vu bien des choses "peu catholique" et qu'entendre ton témoignage l'aura peut être étonné d'un prime abord mais surtout intéressé.
Beau compte-rendu de la journée sinon.
Au passage, je suis intéressé de savoir ce qu'a dit l'évêque au sujet des intégristes...
Pour le chat, on peut peut-être s'arranger... je te tiens au courant ;-)
j'adore ce genre de chronique, quand tu te remets à faire courir l'encre de cette façon.
Ça me donnerait presque envie de raconter mes péripéties tiens! (mais alors quelle crédibilité aurais-je quand j'affirme que tout ceci sera confidentiel?)
j'ai trouvé la plante
Hello j'ai la même c'est du coton mais moi la mienne elle est morte faut dire que j'ai pas la main verte!
Bonne journée
David > moui pas tres glorieux de se taire... On se sent pas fierot apres.
beau reportage sur le monde agricole aussi dans l'excellente revue " XXI"
Delfine > Oui ça pouvait aussi faire un bon jeu de mot. J'aurais du titree cette note " l'évéché etaient fermé de l'interieur"
Merci de rire à mes betises mamzelle
Jagou > d'accord avec toi, mais il y a certains moments où tu preferes te taire et dire ce que l'on attend de toi. petite lacheté quotidienne.
Euh sinon pour le chat faudra d'abord que tu m'expliques qui tu es et où tu vis
Dempsey > Merci mec ! Oh stp raconte nous tes peripeties
Audrey > Bien joué, c'est effectivement du coton. Mais la réponse avait deja été trouvée. J'avais commencé une noté à ce sujet, mais elle est restée au stade du brouillon.
un jour peut etre...
B.
B.
eveque
Je me permets d'apporter un renseignement:
www.rcf.fr (antenne locale de Macon) et sur ce site, possibilité de télécharger le mot de l'évèque !
Le Calva
J'ai pris beaucoup de plaisir à passer un peu de temps sur votre blog. Je connais peu votre région pour le plus souvent ne la traverser qu'avec mon camion, mais vous la rendez sympathique.
J'ai cependant une remarque à vous faire. Demandez donc à l'Evêque d'acheter une bouteille de marc de Bourgogne ou alors pourquoi pas de calvados puisque je suis dans la région.
Le whisky peut être certes délectable, mais en situation, entre Oban et Inverness, à partager avec des Ecossais. Que diantre, restons des gens du terroir!
Cordialement,
L'alcoolique anonyme
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